Les recommandations du rapport de l’Institut climatique du Canada (ICC) laisseraient les Canadiens pour compte

Un rapport de l’Institut climatique du Canada (ICC) de juin 2024 intitulé Échange de chaleur : Comment les politiques d’aujourd’hui stimuleront ou retarderont la transition des bâtiments vers un chauffage propre et fiable, conclut que les Canadiens doivent cesser d’utiliser le gaz naturel et se tourner de plus en plus vers l’électricité, plus coûteuse et moins fiable, pour chauffer leurs maisons et leur eau. L’ICC appelle en outre à des changements radicaux dans la manière dont les gouvernements et les organismes de règlementation indépendants remplissent leurs mandats – recommandant des interventions gouvernementales pour mettre un terme à la capacité d’un consommateur à choisir le gaz naturel. Pourtant, le gaz naturel est non seulement l’énergie de chauffage la plus abordable et la plus fiable au Canada, mais aussi la plus utilisée : il représente près de 50 % de la consommation totale d’énergie résidentielle au Canada, dans 7 millions de foyers.

Les systèmes énergétiques évoluent – c’est ce qui se passe, c’est ce qui s’est toujours passé et c’est ce qui continuera à se passer. L’industrie de l’approvisionnement en énergie gazière a été et continuera d’être à l’avant-garde des efforts visant à mettre en œuvre des programmes et des technologies qui répondent aux besoins énergétiques en constante évolution des Canadiens. Cependant, toute proposition visant à interdire une solution énergétique qui est préférés et utilisée par des millions de citoyens doit être dénoncée pour ce qu’elle est : irréaliste et irresponsable.

L’appel à l’interdiction du gaz est irréaliste

L’électrification de l’approvisionnement de pointe au gaz naturel, telle qu’envisagée par l’ICC et plusieurs autres groupes d’intérêt, nécessiterait au moins de tripler la capacité du réseau électrique actuel du Canada, ce qui s’accompagnerait d’un coût phénoménalement élevé ainsi que de perturbations et de difficultés incroyables.

Les coûts de construction des centaines de barrages et d’installations nucléaires nécessaires, ainsi que de de toutes les infrastructures pour les soutenir, s’élèveraient à des centaines de milliards de dollars. Toutefois, personne ne parle des coûts (énergie, alimentation, logement, etc.) qu’occasionnera cette électrification de l’approvisionnement en énergie de pointe aux Canadiens.

La concrétisation de ce scénario nécessiterait plusieurs dizaines d’années (si l’on considère le temps qu’il faut pour construire un grand barrage ou une grande installation nucléaire). De plus,  les perturbations seraient considérables, car ce scénario comprend la suppression d’un système d’infrastructure aussi complet que notre réseau d’autoroutes et de routes, dont dépendent des millions de personnes.

L’une des principales raisons pour lesquelles nous utilisons le gaz naturel pour répondre à une partie de nos besoins énergétiques est son efficacité. L’intensité énergétique de cette molécule largement disponible, qui peut être transportée sur de vastes distances de manière fiable et sûre jusqu’à son point d’utilisation, en fait un avantage tout à fait remarquable – c’est pourquoi le monde en veut davantage.

Au-delà de ces préoccupations, le fait d’imposer l’électricité comme seule solution possible pour répondre aux besoins énergétiques des Canadiens – c’est-à-dire que les gouvernements disent aux citoyens comment accéder à l’énergie et l’utiliser – n’est pas du tout conforme aux valeurs et aux préférences des consommateurs canadiens. Il s’agit de retirer du marché une source d’énergie fondamentale simplement parce que les gouvernements estiment que c’est ce qu’il faut faire.

L’appel à l’interdiction du gaz est irresponsable

Aucun diktat des gouvernements ne changera les réalités de la physique : si vous imposez des interdictions de recourir à l’énergie gazière, vous créerez des pénuries massives d’énergie. Songez simplement à un hiver canadien où l’électricité est coupée pendant plus de quelques heures, et vous êtes aux prises avec une crise grave. C’est pourquoi il serait irresponsable d’interdire le gaz naturel.

Les infrastructures énergétiques nécessitent des investissements importants et sont soumises à de longues procédures d’autorisation et d’approbation règlementaire. Au cours de l’histoire, la production d’électricité au Canada a augmenté à un taux annuel de 1,1 % par an depuis 1990. Pour doubler la quantité d’électricité au Canada d’ici 2050, il faudrait connaître une croissance d’environ 3,8 % par an, ce qui correspond à une augmentation de 250 % des taux de croissance annuels. Or, les principales provinces productrices d’électricité au Canada font déjà face à des pénuries de cette source d’énergie. Il convient de se demander si une augmentation de la production de 250 % par rapport à la moyenne historique est réalisable. L’ICC a-t-elle correctement tenu compte des infrastructures, de l’utilisation des terres, des autorisations, du stockage et, surtout, du coût de remplacement de l’approvisionnement en gaz naturel lors d’une journée d’hiver de pointe?

Le Canada a besoin de plus d’énergie, y compris d’électricité

L’Association canadienne du gaz (ACG) croit que le Canada a besoin de plus d’énergie, notamment de plus d’électricité. L’électricité est une technologie qui rend la vie moderne possible à bien des égards, notamment en permettant aux appareils à gaz de bien fonctionner. Toutefois, l’électricité est une technologie : elle a besoin de combustible pour fonctionner. Ce combustible peut être de l’eau, de l’uranium, de la biomasse (bois), du charbon, du pétrole, du vent, du soleil, ou bien du gaz naturel. En fait, la consommation de gaz naturel pour la production d’électricité a atteint son niveau le plus élevé en 20 ans au Canada l’année dernière et devrait atteindre un autre sommet en 2024[1], car l’électricité doit être fiable. Les consommateurs qui choisissent d’acheter une thermopompe à air pour climats froids ou un véhicule électrique, et qui en ont les moyens, devraient être et sont libres de le faire. Cependant, il existe une distinction fondamentale entre l’électrification basée sur le marché et l’électrification guidée par les politiques. Cette dernière est dictée par des programmes gouvernementaux, et non par le marché ou le consommateur. L’histoire nous a appris, et elle nous apprendra encore, qu’une politique qui cherche à modifier le marché entraîne des conséquences imprévues très négatives pour les consommateurs.

L’ICC semble ne pas tenir compte des consommateurs

L’étude de l’ICC semble ne pas tenir compte des préférences des consommateurs en matière de consommation d’énergie. Elle se fonde sur un outil de modélisation de la carboneutralité qui « impose » un résultat qui n’est pas en phase avec ce que veulent les consommateurs. La préférence des consommateurs pour l’électricité par rapport au gaz naturel n’est pas une réalité au Canada. La croissance annuelle du gaz naturel est de 1,7 % depuis 2000 – comparativement à 0,9 % pour l’électricité – et la demande en gaz naturel des consommateurs ne montre aucun signe de ralentissement. En 2022 et 2023, le Canada a établi de nouveaux records de consommation de gaz naturel. Les consommateurs choisissent le gaz naturel pour d’autres raisons que le chauffage domestique. En effet, de nombreux foyers possèdent – en plus de leur fournaise et de leur chauffe-eau – des cuisinières, des sécheuses, des foyers, des générateurs d’appoint, des appareils de chauffage de terrasse et des barbecues au gaz naturel, parce ce que chacun de ces appareils répond à un besoin et à un désir particulier du consommateur. Le passage au chauffage électrique nécessitera-t-il une version électrique de tous ces appareils? Et à quel prix? N’oublions pas l’importance du choix de la source d’énergie. Dans un récent sondage, 77 %[2] des Canadiens croient qu’il est important qu’une maison dispose de plus d’une source d’énergie, et 84 % estiment qu’ils ont le droit de choisir la source d’énergie qu’ils utilisent à la maison.

L’étude de l’ICC n’est pas claire

De plus, l’étude de l’ICC n’a comporte aucune donnée sur les intrants de la modélisation, ce qui rend impossible l’évaluation de la validité de ses résultats. Le modèle énergétique nord-américain Times (NATEM) et d’autres modèles de ce type sous-estiment généralement les coûts de certains éléments de la filière énergétique par une marge importante, et ignorent parfois complètement ces coûts. C’est le cas pour la modernisation des réseaux de distribution électrique, alors que ces coûts constituent le poste le plus important associé au passage du gaz naturel à l’électricité pour le chauffage des locaux à grande échelle dans de nombreuses régions canadiennes. Lorsqu’elle est conçue pour répondre à la demande de pointe, la capacité du réseau de distribution électrique est inévitablement mal utilisée – un fait aggravé par la baisse de performance des thermopompes à mesure que la température diminue. Une mauvaise utilisation du réseau entraîne des coûts fixes élevés, même si l’on ne consomme pas d’électricité du tout. Il est à noter que l’ICC insiste sur l’utilisation de la terminologie « voie optimale en termes de coûts » sans se prononcer sur ce que pourraient être les factures de chauffage des consommateurs. Tant que les travaux de modélisation ne seront pas plus clairs et plus transparents, les conclusions de l’étude de l’ICC resteront discutables. Les travaux réalisés conjointement par les compagnies de gaz et d’électricité dans certaines régions canadiennes révèlent que l’électrification complète du chauffage des locaux à grande échelle entraînera des coûts de chauffage insupportables pour les Canadiens qui utilisent aujourd’hui le gaz naturel à cette fin dans de nombreuses régions du pays. À titre d’exemples :

L’industrie du gaz naturel continuera de mettre l’accent sur l’amélioration continue pour le client

Alors, où cela nous mène-t-il, et qu’allons-nous faire à partir de maintenant? Le secteur de l’approvisionnement en énergie gazière est résolument en quête d’innovation en ce qui concerne l’énergie que nous fournissons et la manière dont elle est utilisée. Quel que soit l’avenir, trois thèmes resteront constants : l’intégration énergétique, l’intégration de nouveaux combustibles et l’accent mis sur l’amélioration de l’efficacité énergétique.

L’intégration énergétique est en cours et profitera au consommateur. Comme nous l’avons vu, les réseaux de gaz et d’électricité fonctionnent remarquablement bien ensemble. Cependant, il est possible de faire davantage pour intégrer la manière dont nous planifions et comptons servir le consommateur dans le future. Les compagnies d’électricité et de gaz ont entamé une discussion détaillée sur ce concept – appelé planification intégrée des ressources; l’objectif de cet exercice consiste à élaborer un plan commun pour l’infrastructure énergétique et les ressources associées qui permettra d’obtenir l’énergie la plus rentable, la plus fiable et la moins polluante. Nous constatons déjà une intégration au niveau des ménages au Québec, où Hydro Québec et Énergir pilotent le déploiement d’un projet hybride thermopompe/fournaise au gaz. D’autres marchés en Ontario et en Colombie-Britannique travaillent également sur des modèles de chauffage hybride.

En ce qui concerne les nouveaux gaz, malgré les affirmations du rapport de l’ICC, ils constituent l’un des moyens les plus rentables de réduire les émissions, car ils ne nécessitent pas de nouveau réseau de distribution, et les appareils d’utilisation finale actuels peuvent être alimentés par ce type d’énergie. L’un des nombreux avantages du système gazier canadien réside dans sa polyvalence. En effet, il est capable de fournir en toute sécurité et à un prix abordable des molécules autres que le gaz naturel à ses millions de clients. Le gaz naturel renouvelable (GNR) et l’hydrogène sont tous deux mélangés au réseau de gaz naturel dans différentes régions du Canada. Tous deux sont des sources d’énergie propres qui réduisent les émissions du gaz naturel. Les gaz renouvelables peuvent atteindre et atteindront de nouveaux records de production dans les années à venir. Dans tout le Canada, les services publics mettent en place ou s’efforcent de mettre en place de nouveaux projets de GNR et d’hydrogène. Le nombre d’installations de production de GNR au Canada devrait plus que doubler d’ici 2026, produisant plus de 30 pétajoules (PJ) de GNR. Cette quantité d’énergie est supérieure de plus de 60 % à la capacité de production annuelle prévue pour le barrage du site C de BC Hydro. La stratégie de Ressources naturelles Canada (RNCan) sur l’hydrogène pour le Canada souligne la capacité de l’industrie du gaz naturel à incorporer jusqu’à 20 % d’hydrogène dans les réseaux de gaz existants. L’introduction de l’hydrogène fait déjà l’objet de plans concrets pour aller plus loin, les phases initiales d’une communauté alimentée entièrement à l’hydrogène ayant été lancées en Alberta.

En termes d’efficacité, le chauffage domestique continuera à devenir plus efficace. Les industries du gaz naturel et de l’énergie ont toutes deux obtenu des résultats positifs en matière d’efficacité énergétique et de déploiement technologique dans les secteurs résidentiel et commercial. En ce qui concerne le gaz naturel, l’industrie, en collaboration avec le gouvernement, a réussi à faire passer les utilisateurs de fournaise et de chauffe-eau à faible rendement à des modèles à rendement de plus en plus élevé. Ce processus a été mené à bien grâce à des études de commercialisation rigoureuses ainsi qu’à la collaboration et à une règlementation opportune. Rien n’a été précipité; au contraire, le marché et l’état de la technologie ont été respectés. Nous constatons des gains d’efficacité similaires du côté électrique avec les thermopompes à air pour climats froids. Cette technologie est essentielle et continuera à jouer un rôle croissant au Canada. Alors, quelle est la prochaine étape? Pour les compagnies de gaz en particulier, la prochaine génération d’appareils de chauffage est la thermopompe au gaz naturel. Cette technologie prometteuse fonctionne de la même manière qu’une thermopompe électrique. Bien que leurs rendements supérieurs ne soient pas aussi élevés que ceux de leurs homologues électriques, elles conservent leur efficacité beaucoup mieux lorsque la température baisse. Que vous travailliez dans le secteur du gaz ou de l’électricité, l’amélioration de l’efficacité énergétique des maisons dans lesquelles nous vivons est et restera une priorité.

En conclusion, l’industrie de l’approvisionnement en énergie gazière est, et a toujours été, prête à relever de grands défis. Nous servons d’abord nos clients parce que leurs besoins sont primordiaux, et nous nous adaptons à l’évolution de ces besoins. Nous sommes heureux de poursuivre les discussions et les débats sur notre rôle dans la satisfaction des besoins de nos clients, alors que nous nous efforçons tous de construire un pays plus prospère pour tous les Canadiens – un pays où nous pouvons tous être assurés que nous ne serons pas laissés pour compte.

Timothy M. Egan
Président et chef de la direction
Association canadienne du gaz

[1] Environnement et Changement climatique Canada (2024), Rapport d’inventaire national.

[2] Sondage d’opinion Léger – Printemps 2022, 2023, automne 2023

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