Lettre ouverte aux ministres de l’Énergie : le coût réel de l’électrification pour les Canadiens et Canadiennes

Chers ministres, chères ministres,

Partout au Canada, vous participez tous et toutes à des discussions sur la façon de réduire les émissions provenant de la consommation d’énergie. Une grande partie de ces discussions porte sur la détermination d’une solution unique. Or, comme la solution la plus souvent proposée est l’électrification, il serait bon de se poser la question suivante : Quelles sont les répercussions de l’électrification sur notre économie, sur la fiabilité de notre réseau énergétique, sur notre rendement environnemental et sur l’abordabilité de l’énergie pour les Canadiens et Canadiennes? À l’Association canadienne du gaz, nous avons quelques pistes de réflexion initiale à ce sujet.

L’électrification nécessitera la construction massive de nouvelles infrastructures. En effet, comme l’électricité ne permet de répondre qu’à 20 % des besoins énergétiques actuels, les efforts pour répondre aux 80 % des besoins restants ou à une partie de ceux-ci avec de nouvelles installations de production, de transport et de distribution d’électricité poseront un énorme défi logistique étant donné que, de nos jours, la construction de toute nouvelle infrastructure constitue un défi de taille. Des centaines de réacteurs nucléaires ou des centaines de barrages hydroélectriques, des dizaines de milliers de grandes éoliennes ou des millions de panneaux solaires n’apparaîtront pas facilement ou rapidement, pas plus que les lignes de transport pour acheminer les électrons aux utilisateurs finaux.

L’électrification serait donc extrêmement coûteuse à partir du réseau électrique actuel, qui produit environ 150 GW d’énergie. La multiplication de la capacité de ce réseau pour remplacer nos systèmes à combustible gazeux et liquide représenterait probablement un investissement de l’ordre de billions de dollars. Or, ces coûts seraient assumés par les usagers et les contribuables, c.-à-d. les familles et les entreprises canadiennes. Concrètement, cela représenterait plusieurs milliers de dollars par famille par année. À une époque où l’on affirme que les familles canadiennes ne disposent que de quelques centaines de dollars par mois pour joindre les deux bouts, ce serait une dépense pénible, sans parler du fardeau que cela représenterait pour notre compétitivité.

De plus, l’électrification ne permettra pas nécessairement d’atteindre nos objectifs de réduction d’émissions. L’électricité est une technologie qui dépend des combustibles alimentant sa production. Dans de nombreux cas, les hydrocarbures sont essentiels à cette production – soit directement, comme c’est le cas pour les génératrices au gaz naturel, soit indirectement à titre d’énergie renouvelable de rechange. De plus, le fait de mettre tous nos oeufs dans le même panier technologique n’entraînera pas nécessairement une réduction considérable des émissions.

Qui plus est, l’électrification constitue une menace sérieuse pour la résilience du réseau énergétique. En effet, les intempéries entraînent souvent l’effondrement des réseaux électriques, de sorte qu’une trop grande dépendance à l’égard de ces réseaux nous expose à un risque accru de perte d’accès à l’énergie. À titre d’exemple, la Nouvelle-Écosse a récemment été témoin de ce genre de situation, alors que son réseau électrique a été gravement endommagé par l’ouragan Dorian, tandis que son réseau de distribution de gaz a été à peine touché. Pourquoi alors devrions-nous dépendre davantage d’un système qui est déjà très vulnérable aux phénomènes météorologiques violents, à un moment où beaucoup prétendent que l’avenir nous réserve des événements météorologiques encore plus dévastateurs?

Enfin, l’électrification nous empêcherait de profiter des avantages environnementaux qu’offrent d’autres systèmes énergétiques, comme le réseau de distribution de gaz. Les débouchés associés à l’hydrogène, les importantes réserves de gaz naturel renouvelable du Canada et l’importante innovation en cours pour capter le carbone dans les systèmes gazeux ne sont que trois exemples de développements très intéressants fondés sur une forme d’énergie déjà plus abordable et plus fiable que l’électricité. L’électrification nous empêcherait de profiter de ces avantages.

Comme j’écris la présente lettre à titre de président de l’Association canadienne du gaz, je prêche, bien entendu, pour ma paroisse; mais « ma paroisse » a de fiers antécédents en matière de rendement. En effet, les services publics de gaz permettent aux familles canadiennes d’économiser jusqu’à 2 000 $ par année, offrent une fiabilité hors pair en matière de livraison d’énergie et ont constamment amélioré, année après année, leur rendement environnemental. Alors, comment serait-il prudent de priver les Canadiens et Canadiennes de ces bienfaits? Pourtant, c’est ce qui risque de se produire si l’on s’entête à parler uniquement d’électrification.

À l’heure où le débat sur les répercussions environnementales de l’énergie comporte une charge émotionnelle sans précédent et où les personnalités publiques se sentent obligées de s’engager envers des objectifs draconiens, nous vous demandons de prendre une grande respiration et de réfléchir à ce qui est réellement en jeu : on menace l’offre d’une énergie fiable et abordable qui bénéficie d’améliorations constantes sur le plan environnemental.

L’Association canadienne du gaz vous encourage donc à prendre les mesures suivantes :

  1. Faites en sorte de rééquilibrer le débat sur la politique énergétique canadienne en mettant l’accent sur le rôle que jouent le gaz naturel et l’infrastructure connexe dans la production d’énergie abordable à faible taux d’émission pour les Canadiens et Canadiennes. Cela comprend la recherche, la compréhension et la communication de solutions novatrices de réduction des émissions fondées sur le gaz naturel, comme le mélange du gaz naturel renouvelable et de l’hydrogène dans notre approvisionnement actuel en gaz naturel, la réduction de méthane, la capture, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC), le remplacement des véhicules marins et routiers par des véhicules au gaz naturel, des investissements dans des améliorations éconergétiques importantes des bâtiments canadiens, le chauffage hybride ainsi que la recherche de nouvelles technologies axées sur le gaz, depuis la tête du puits jusqu’au brûleur.
  2. Élargissez les programmes canadiens de financement de la recherche et du développement (R et D) dans le domaine de l’énergie en allant au-delà de la production et de l’utilisation d’électricité renouvelable, de véhicules électriques et de batteries en vue de reconnaître l’apport important et croissant du gaz naturel au réseau énergétique canadien. Le financement en R et D dans le domaine de l’énergie au Canada devrait être réparti selon des proportions qui reflètent mieux l’apport des combustibles et des technologies au réseau énergétique.
  3. Collaborez avec l’industrie pour informer les Canadiens et Canadiennes sur les façons de réduire les émissions au moyen de diverses solutions en tenant compte de leurs coûts.

Les décideurs doivent faire preuve de transparence auprès des Canadiens et Canadiennes au sujet des coûts et des répercussions de leurs choix en matière de politiques énergétiques ainsi qu’à propos des plans pour mettre en oeuvre ces politiques. L’industrie du gaz naturel reconnaît que l’électricité est essentielle au bien-être des Canadiens et Canadiennes; d’ailleurs, bon nombre de nos entreprises sont également des acteurs importants du marché de l’électricité. Toutefois, le fait de répondre à tous nos besoins énergétiques exclusivement au moyen du réseau électrique ne garantira pas ce bien-être. Nous devons être clairs à ce sujet et utiliser de façon responsable le grand nombre de ressources et de réseaux de distribution d’énergie dont nous disposons au Canada.

Veuillez agréer, chers ministres, chères ministres, l’expression de mes sentiments distingués.

Timothy M. Egan
Président et chef de la direction
Association canadienne du gaz

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