Dans un monde de plus en plus instable, la nécessité d’une alliance énergétique nord-américaine solide pour garantir la sécurité énergétique, stimuler la croissance économique, atteindre les objectifs climatiques et tenir à distance les adversaires géopolitiques peut sembler plus urgente que jamais. Bien que les avantages puissent être évidents pour le Canada, les États-Unis et le Mexique, qui partagent déjà un réseau énergétique hautement intégré, certains observateurs affirment que les relations commerciales trilatérales qui se détériorent et les priorités nationales conflictuelles ont assombri les perspectives d’un alignement stratégique en matière d’énergie. D’autres affirment que l’établissement de la Forteresse Amérique du Nord est non seulement nécessaire, mais également réalisable, et que le moment est venu d’agir.

Lors de leur dernière rencontre, les dirigeants nord-américains ont convenu de la nécessité de mettre en place des chaînes d’approvisionnement régionales afin de promouvoir la sécurité économique en protégeant les économies hautement intégrées du Canada, des États-Unis et du Mexique – une décision facile à prendre compte tenu des souvenirs encore frais des goulots d’étranglement liés à la pandémie et des tensions géopolitiques croissantes. Des questions plus épineuses liées aux médicaments, à l’immigration et à l’énergie, notamment les différentes approches face aux changements climatiques et les politiques mexicaines restreignant les investissements étrangers dans le secteur énergétique, n’ont pas été résolues.
Néanmoins, le sommet des « Trois Amigos » qui s’est tenu en janvier 2023 à Mexico a suscité suffisamment d’optimisme pour que la rédaction du Los Angeles Times se montre éloquente dans sa défense de l’alliance qui, depuis sa création en 1994 sous le nom d’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), aujourd’hui appelé Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), a permis d’accroître la prospérité des trois partenaires.
« Bien sûr, les États-Unis, le Mexique et le Canada ont leurs propres besoins et intérêts (et défis politiques), selon le Times. Toutefois, le partenariat nord-américain est trop important et présente trop d’occasions intéressantes pour être mis de côté par des relations glaciales. Le sommet devrait nous rappeler tout ce que les pays peuvent accomplir ensemble. » [Traduction]
Près de trois ans plus tard, cet optimisme semble malheureusement en contradiction avec la réalité actuelle. Avec l’arrivée de nouveaux dirigeants à Ottawa, Washington et Mexico, la libéralisation du commerce et la coopération trilatérale ont été reléguées au second plan au profit de manœuvres bilatérales, à la suite de l’imposition par le président américain Donald Trump de droits de douane sur ses deux principaux partenaires commerciaux, y compris une menace de taxe de 10 % sur le pétrole et le gaz naturel canadiens, qui bénéficiaient jusqu’alors d’un statut de franchise douanière dans le cadre de l’ALENA et de l’ACEUM.
Les tensions commerciales croissantes, combinées à la montée du nationalisme énergétique au Mexique et aux programmes nationaux conflictuels de chaque pays, ont jeté une ombre sur la vision longtemps recherchée d’une « Forteresse Amérique du Nord » qui promettait d’assurer l’indépendance énergétique et la prospérité économique du continent, d’atténuer les menaces provenant d’acteurs étrangers hostiles et d’aider chaque partenaire à respecter ses obligations en matière de climat.
Un observateur, dans un article publié en février 2025 dans The Elgar Companion to North American Trade and Integration, qualifie le potentiel d’une alliance énergétique aussi solide d’« image dans le rétroviseur », La solide coopération trilatérale du début des années 2000, qui a inspiré le surnom de « Trois Amigos », est désormais une relique du passé, remplacée par « quelque chose qui ressemble davantage à trois connaissances bilatérales dans les années 2020 ». [Traduction]
En effet, depuis la première salve tarifaire lancée par Trump peu après son retour au pouvoir en janvier dernier, le Canada s’est activement engagé dans la recherche de partenariats énergétiques distincts avec le Mexique qui pourraient profiter aux deux pays. Parallèlement, des questions subsistent quant à l’avenir de l’ACEUM, approuvé en 2020, les États-Unis refusant de s’engager à renouveler le pacte tripartite, qui doit faire l’objet d’une rétrospective obligatoire l’été prochain.
D’autres, dont Damjan Krnjević Mišković, expert international en politique énergétique, offrent une vision plus optimiste des perspectives de création d’une Forteresse Amérique du Nord pour la sécurité énergétique. Tout en reconnaissant les défis politiques actuels, le partenariat pour atteindre la sécurité énergétique est clairement l’une de ces opportunités trop précieuses pour être compromises par des « relations glaciales », comme le souligne le Times. Il s’agit d’un objectif non seulement nécessaire, mais également à la portée du continent, compte tenu de ses vastes ressources en pétrole, en gaz, en minéraux essentiels, en technologie et en capitaux d’investissement, ainsi que de son réseau transfrontalier d’infrastructures énergétiques déjà profondément interconnecté.
Krnjević, ancien haut fonctionnaire canadien des Nations Unies qui a grandi à Montréal et qui est aujourd’hui professeur de pratique en géopolitique contemporaine à l’université ADA de Bakou, en Azerbaïdjan, définit la sécurité énergétique comme une condition fondamentale du développement et « un préalable indispensable à pratiquement tout ce que les citoyens et les gouvernements souhaitent accomplir » [traduction], qu’il s’agisse de bâtir des économies solides au niveau national ou de partager leurs ressources abondantes de manière à aider leurs alliés et partenaires commerciaux à atteindre leur propre sécurité énergétique et à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en remplaçant les sources d’énergie plus polluantes.

Alors que la collaboration en matière d’énergie est au point mort – les trois ministres de l’Énergie de l’Amérique du Nord ne se sont pas réunis depuis 2017 – et que les politiques commerciales de M. Trump remettent en question l’avenir de l’ACEUM, les partisans du libre-échange à travers le continent se joignent à l’appel en faveur d’un regain d’efforts pour travailler ensemble. Le Conseil canadien des affaires et ses homologues, la Chambre de commerce des États-Unis et le Consejo Coordinador Empresarial du Mexique, ont publié en mai un document intitulé « North American Energy Security: A Proposal for Greater Cooperation » (sécurité énergétique en Amérique du Nord : une proposition pour une plus grande coopération), appelant le Canada, les États-Unis et le Mexique à poursuivre le développement d’une « alliance énergétique nord-américaine » axée sur la maximisation de la sécurité énergétique commune et des intérêts économiques et géopolitiques.
« L’Amérique du Nord occupe une position unique pour tirer parti de ses ressources naturelles et de ses marchés énergétiques profondément intégrés afin de renforcer la sécurité énergétique et l’économie dans les années à venir, a déclaré le groupe dans sa proposition. Une collaboration transfrontalière renforcée et officialisée sous l’égide d’une alliance énergétique nord-américaine fournirait un cadre durable pour consolider le rôle du continent en tant que puissance énergétique mondiale. » [Traduction]
L’intégration énergétique est profondément ancrée
La nature interconnectée des marchés et des infrastructures énergétiques nord-américains – avec des réseaux tentaculaires d’oléoducs, de gazoducs et de réseaux électriques qui traversent les frontières du Canada, des États-Unis et du Mexique – fait en soi de la sécurité énergétique une question qu’il vaut mieux traiter sur une base trilatérale plutôt que comme une préoccupation purement nationale ou bilatérale, malgré les obstacles posés par les menaces tarifaires actuelles et d’autres barrières non tarifaires qui affectent le commerce de l’énergie entre les trois partenaires de l’ACEUM.
« La sécurité énergétique nord-américaine est-elle nécessaire? Oui. Et la raison est assez simple : nos réseaux énergétiques sont hautement intégrés. Ainsi, même si un acteur ou un État hostile s’efforce de compromettre la sécurité énergétique américaine, de telles actions auront inévitablement des effets néfastes sur le Canada et, dans une moindre mesure, sur le Mexique, a déclaré M. Krnjević. Cela signifie donc qu’il est nécessaire que les trois pays nord-américains unissent leurs forces pour réagir. Le continent occupe une position unique, car il est pratiquement isolé géographiquement et dispose de ressources phénoménales, ce qui lui permet de s’assurer que les acteurs hostiles ne parviennent pas à leurs fins. » [Traduction]
L’Amérique du Nord produit actuellement 30 % du pétrole et du gaz mondiaux, les États-Unis occupant la première place dans ces deux domaines et étant également le premier exportateur de pétrole et de gaz. Au cours des deux dernières années, ils sont devenus le premier exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL). Le Canada est le quatrième producteur mondial de pétrole et le cinquième producteur mondial de gaz naturel. Le Mexique se classait onzième pour la production de pétrole et vingtième pour la production de gaz naturel en 2024.
Tout aussi important est le degré élevé d’interdépendance énergétique qui lie le destin des trois pays, en particulier celui du Canada et des États-Unis. Le Canada est le deuxième plus grand partenaire commercial des États-Unis, avec des échanges bilatéraux s’élevant à 917 milliards de dollars en 2024, dont 150 milliards dans le secteur de l’énergie, qui a plus que doublé depuis 2010, où il représentait près de 100 milliards de dollars. Le Canada représente 60 % des importations pétrolières des États-Unis, exportant du pétrole brut lourd vers les raffineries américaines, principalement dans le Midwest.
Le flux bidirectionnel de gaz naturel entre les États-Unis et le Canada, rendu possible par un vaste réseau de pipelines qui relie plus de huit provinces canadiennes et dix États américains, passant par 27 postes frontaliers, illustre l’ampleur de l’intégration des systèmes énergétiques en Amérique du Nord. Le gaz canadien est acheminé vers les États-Unis, avec 73 milliards de mètres cubes destinés à des marchés clés tels que la côte Ouest, le Midwest et le Nord-Est en 2023. Parallèlement, le Canada reçoit du gaz américain, l’Est du pays dépendant de livraisons de 25 milliards de mètres cubes de gaz naturel américain importé du Midwest et du Nord-Est.

Presque tous ces États utilisent le gaz pour au moins un quart de leur consommation finale totale d’énergie, en plus de l’utiliser pour produire de l’électricité. De plus, le Canada est également le premier exportateur d’électricité vers les États-Unis, fournissant plus de 90 % des importations d’électricité américaines via 35 lignes de transport en 2023, près des deux tiers de la production totale provenant d’énergie hydroélectrique propre.
Le vaste réseau de pipelines a également ouvert de nouveaux marchés aux producteurs de gaz naturel canadiens, qui fournissent désormais du gaz à de grands exportateurs américains de GNL tels que Cheniere Energy, permettant ainsi au gaz naturel canadien d’atteindre les marchés étrangers avant même que l’installation d’exportation de GNL Canada à Kitimat, en Colombie-Britannique, n’expédie sa première cargaison de GNL à la mi-2025. Ces accords ont aidé l’Amérique du Nord à soutenir ses alliés européens et asiatiques dans leurs efforts pour renforcer leur propre sécurité énergétique en éliminant leur dépendance au gaz naturel russe à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Bien que de moindre envergure, le commerce énergétique entre les États-Unis et le Mexique – 66,5 milliards de dollars en 2023, soit moins de 10 % des 946 milliards de dollars que représente le commerce bilatéral total entre les deux pays – repose lui aussi sur un réseau énergétique fortement interconnecté. Le Mexique importe plus de 70 % du gaz naturel qu’il consomme des États-Unis via des pipelines transfrontaliers, ainsi qu’une gamme de produits pétroliers tels que l’essence, le diesel et le propane. En matière d’exportation d’énergie, le Mexique exporte vers le nord, aux États-Unis, le pétrole brut produit par son entreprise pétrolière nationale, PEMEX, ainsi qu’une petite quantité d’électricité via des lignes de transport transfrontalières.
Bien que les échanges énergétiques entre le Canada et le Mexique aient été négligeables jusqu’à présent, les perspectives de croissance du commerce bilatéral dans ce domaine et d’intégration accrue des marchés énergétiques nord-américains sont de plus en plus prometteuses. Le « Plan d’action Canada-Mexique » annoncé en septembre par le premier ministre Mark Carney et la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum vise à développer des opportunités de collaboration sur des projets énergétiques susceptibles de répondre à la demande croissante du Mexique en gaz naturel pour satisfaire ses besoins en matière de production d’électricité et d’industrie.
Par exemple, la nouvelle installation de liquéfaction et de regazéification de GNL du Mexique sur la côte Ouest, Energia Costa Azul, située sur la côte Pacifique en Basse-Californie, pourrait ouvrir un nouveau marché pour la capacité d’exportation de GNL en pleine expansion du Canada, tout en aidant le Mexique à développer et à décarboniser son économie et, parallèlement, à réduire sa dépendance aux approvisionnements en gaz naturel des États-Unis.
Une chose est claire : la demande en énergie nord-américaine est en forte hausse, tant au niveau national qu’international. Avec la demande en gaz naturel pour la production d’électricité et l’utilisation directe qui atteint des sommets partout en Amérique du Nord, stimulée par la croissance économique, l’électrification généralisée, le retrait progressif des centrales à charbon et l’explosion des besoins en énergie des centres de données d’intelligence artificielle, les Trois Amigos et leurs alliés auront besoin de plus d’énergie, et non moins, pour assurer leur sécurité énergétique, rendant ainsi une collaboration étroite plus importante que jamais.
Clé de l’approche « globale »
Pour faire progresser la vision de Forteresse Amérique du Nord, les promoteurs reconnaissent que la sécurité énergétique doit commencer chez soi, avec des réformes politiques indispensables au niveau national dans les trois pays afin de supprimer les obstacles au développement des ressources naturelles et à l’investissement dans les infrastructures pour les énergies renouvelables et les énergies non renouvelables à faible teneur en carbone, si le continent veut assurer sa primauté en tant que puissance énergétique mondiale.
La proposition du Conseil canadien des affaires désignée sous le nom d’« Alliance énergétique nord-américaine », par exemple, préconise une approche globale qui « oriente les investissements privés et publics ainsi que les mesures de soutien vers des projets qui renforcent la sécurité énergétique à court et à long terme et la résilience des chaînes d’approvisionnement » [traduction], notamment en augmentant les exportations de GNL et d’autres énergies sur les côtes Est et Ouest.
La proposition prévoit également la création d’un groupe de travail nord-américain règlementaire « chargé d’élaborer une vision commune pour identifier, approuver et autoriser rapidement les infrastructures et les installations qui renforcent la résilience combinée des chaînes d’approvisionnement en énergie et en minéraux essentiels de l’Amérique du Nord, en mettant particulièrement l’accent sur les infrastructures transfrontalières et les chaînes d’approvisionnement intégrées » [traduction].
Dans un livre blanc intitulé North America’s Moment : The case for North American energy cooperation (le moment de l’Amérique du Nord : les arguments en faveur de la coopération énergétique nord-américaine), le groupe de réflexion américain Atlantic Council reconnaît également le rôle clé du gaz naturel dans la transition énergétique et estime qu’il est essentiel de rationaliser les processus d’octroi de licences et de permis dans les trois pays afin de maximiser la sécurité énergétique, de respecter les obligations climatiques et de stimuler la croissance économique.
Ces deux recommandations constituent une critique directe des politiques qui ont freiné le développement des ressources énergétiques du Canada au cours de la dernière décennie – notamment la Loi sur l’évaluation d’impact, la taxe industrielle sur le carbone, l’interdiction relative aux pétroliers et le plafond d’émissions – et qui ont permis aux États-Unis de « devancer le Canada » dans la course à l’exportation de GNL, comme l’a déclaré Greg Ebel, président-directeur général d’Enbridge, dans un discours prononcé en octobre devant l’Empire Club of Canada à Toronto.
M. Krnjević, qui a contribué au lancement des négociations ayant abouti à l’adoption du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies et qui a été étroitement associé aux récentes conférences des Nations Unies sur les changements climatiques, notamment la COP29 qui s’est tenue l’année dernière à Bakou, fait également partie de ceux qui ont plaidé en faveur d’une approche canadienne « globale » en matière d’énergie : tous les combustibles, toutes les technologies, tous les réseaux, et plus encore, comme il l’a écrit dans un article publié en août 2025 pour le MacDonald-Laurier Institute. « Pour transformer notre pays en une superpuissance énergétique, il faut considérer les hydrocarbures comme faisant partie intégrante d’une stratégie énergétique globale, uniforme et non discriminatoire », a-t-il ajouté. M. Krnjević fait également partie de ceux qui rejettent sans équivoque l’idéologie « climato-maximaliste » qui sous-tend ces politiques, selon laquelle le développement des ressources en hydrocarbures du Canada et la réduction des émissions de carbone liées aux changements climatiques sont des objectifs incompatibles.
En réalité, c’est tout le contraire. L’expansion rapide des infrastructures gazières au Mexique a permis de remplacer les combustibles plus polluants utilisés dans la production d’électricité, les transports et les applications industrielles. Au-delà de l’Amérique du Nord, les pays en développement du monde entier ont besoin de sources d’énergie plus propres, notamment le gaz naturel, pour remplacer les combustibles inefficaces et nocifs pour la santé tels que le feu nu, le charbon, le fumier, le bois et les résidus de cultures, et pour stimuler leur développement économique.
M. Krnjević souligne que les obligations climatiques du Canada comprennent la contribution à un fonds de 300 milliards de dollars américains convenu lors de la COP29 pour aider les pays en développement à mettre en œuvre des mesures d’atténuation ou d’adaptation aux changements climatiques. Il ajoute que les abondantes réserves de gaz naturel du Canada et sa capacité croissante d’exportation de GNL doivent faire partie de la solution pour réduire les émissions, non seulement dans ces pays, mais aussi dans les pays développés fortement émetteurs à l’échelle mondiale.
« Le Mexique est le pays d’Amérique du Nord où il est le plus facile de réduire les émissions, et le développement rapide des ressources énergétiques de ce pays est le meilleur moyen d’y parvenir rapidement, a déclaré M. Krnjević. Au-delà de cela, la réalité est que la plus grande opportunité de réduction des émissions réside dans le transfert de l’énergie nord-américaine vers les marchés mondiaux, ainsi que de la technologie nord-américaine vers les marchés mondiaux, et ces deux éléments nécessitent un développement économique plus rapide en Amérique du Nord. » [Traduction]
Bien que l’Amérique du Nord représente 30 % de la demande énergétique mondiale, le continent contribue moins de la moitié de cette quantité, soit environ 14,3 %, aux émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), selon M. Krnjević, qui qualifie les performances environnementales de l’Amérique du Nord de « l’un de ses plus grands atouts » et « d’un élément qui devrait être considéré comme faisant partie de l’ensemble des actifs de la Forteresse Amérique du Nord » [traduction].
Les États-Unis et le Mexique se sont également associés pour faire pencher la balance, en sélectionnant les gagnants et les perdants dans le domaine de l’énergie et en adoptant des politiques qui ont entravé la coopération trilatérale et bloqué l’intégration des réseaux énergétiques. Aux États-Unis, l’annulation du projet de pipeline Keystone XL et la suspension des autorisations de GNL viennent immédiatement à l’esprit. Le Mexique continue de favoriser les sociétés d’État d’électricité et de pétrole au moyen de politiques qui limitent les investissements étrangers indispensables dans les infrastructures énergétiques, y compris les projets d’énergie renouvelable, en refusant les autorisations gouvernementales nécessaires pour se connecter au réseau national.
« Les décideurs politiques devraient cesser de privilégier une utilisation finale plutôt qu’une autre et encourager tous les réseaux d’approvisionnement en carburant – électriques, gazeux, liquides, voire solides – afin de favoriser la concurrence et d’accroître l’accès à l’énergie pour tous, a déclaré M. Krnjević. L’énergie est le moteur de la prospérité. En imposant aux Canadiens le type d’énergie à utiliser, les décideurs politiques entravent notre prospérité sans pour autant contribuer de manière significative à la réduction des émissions mondiales. Pourquoi diable ferions-nous une chose pareille? » [Traduction]
La sécurité énergétique ou « les États-Unis d’abord »?
Au-delà du chaos transfrontalier provoqué par les mesures tarifaires de M. Trump, sa promesse électorale d’assurer la domination énergétique des États-Unis et son indifférence affichée à l’égard de l’avenir du partenariat commercial trilatéral vieux de 31 ans, les observateurs estiment que l’objectif plus vaste de sécurité énergétique nord-américaine n’est pas incompatible avec le programme « America First » (les États-Unis d’abord) du président.
En dernière analyse, Forteresse Amérique du Nord – rendue possible par une stratégie « tout ce qui fonctionne » pour développer les ressources pétrolières et gazières, les énergies renouvelables, le nucléaire et les combustibles à faible ou zéro émission de carbone, y compris l’hydrogène bleu et vert, et à faciliter la libre circulation de l’énergie et des investissements à travers les frontières – reste une vision réalisable, car une alliance énergétique solide sert les intérêts nationaux des Trois Amigos.
La mise en place d’une chaîne d’approvisionnement continentale en énergie propre, par exemple, tirant parti de l’abondance des minéraux essentiels au Canada et du potentiel du Mexique en tant que centre de transformation, réduirait la vulnérabilité des États-Unis face aux récentes menaces de contrôle des exportations de la Chine et atténuerait les risques similaires pour le Canada et le Mexique. Elle servirait également l’objectif fixé lors du sommet de 2023, qui consiste à créer des chaînes d’approvisionnement régionales afin de renforcer la sécurité économique.
Comme l’a rappelé M. Ebel, d’Enbridge, à l’auditoire de l’Empire Club : « La sécurité énergétique est désormais synonyme de sécurité nationale et de sécurité économique. » [Traduction]

« Le président américain est un négociateur. Il souhaite obtenir de meilleurs accords, a indiqué M. Krnjević. Il négociera avec fermeté, car c’est un bon négociateur, et il est bien informé par Chris Wright, son excellent secrétaire à l’Énergie, et d’autres personnes sur l’importance de la proposition de valeur en matière d’énergie à l’échelle du continent, et sur la manière dont la collaboration avec le Canada et le Mexique dans ce domaine profite aux États-Unis. » [Traduction]
En s’appuyant sur les principes fondamentaux de la diplomatie – trouver un terrain d’entente, résoudre les conflits d’intérêts et promouvoir la coopération –, les Trois Amigos peuvent-ils faire progresser la sécurité énergétique nord-américaine face au chauvinisme américain, au maximalisme climatique au Canada et au nationalisme énergétique au Mexique? M. Krnjević est optimiste.
« La domination énergétique des États-Unis est mieux servie par deux voisins amis et intégrés, tous deux riches en énergie, de sorte que nous parlons en réalité de la domination énergétique nord-américaine, a déclaré M. Krnjević. Il suffit de regarder les flux énergétiques entre le Canada et les États-Unis. Il s’agit d’une relation incroyablement efficace qui pourrait le devenir encore davantage. Le Mexique promet la même chose, car ce pays continue de développer encore plus ses infrastructures. La véritable question est de savoir ce que nous pouvons faire pour accroître ce niveau déjà élevé d’intégration et de coopération. » [Traduction]