« Le gaz naturel est une source d’énergie essentielle à la production de légumes en serre, pour laquelle il n’existe actuellement aucune solution de rechange viable à grande échelle. » [Traduction]
– Evan Smith, responsable du développement des infrastructures durables chez Ontario Greenhouse Vegetable Growers
Par Graham Chandler
« Si certains producteurs utilisent la biomasse comme source de chauffage d’appoint ou de secours, sa disponibilité et son coût peuvent se révéler prohibitifs, en particulier à l’échelle nécessaire pour assurer le fonctionnement des serres tout au long de l’année » [traduction], explique M. Smith. Cependant, il ajoute que le secteur envisage actuellement des combustibles de rechange émergents, tels que le biogaz et le mélange d’hydrogène au gaz naturel, en tant que solutions à plus long terme afin de réduire son empreinte carbone.
Et ces solutions sont effectivement prometteuses. Pour sa part, le biogaz est un combustible renouvelable produit lorsque des matières organiques sont décomposées par des bactéries dans un environnement dépourvu d’oxygène, dans le cadre d’un processus de digestion anaérobie, ce qui permet de récupérer de l’énergie à partir des flux de déchets organiques. Cependant, la production actuelle de biogaz reste d’une ampleur limitée et ne peut donc pas répondre à l’ensemble des besoins énergétiques des exploitations de serres. De son côté, le mélange d’hydrogène et de gaz naturel pourrait réduire la consommation de combustibles fossiles, mais les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement nécessaires en sont encore aux premiers stades de développement.
« En été, le gaz naturel demeure le combustible essentiel qui a permis au secteur serricole (c.-à-d. de l’agriculture en serre) de produire des légumes frais toute l’année, y compris dans les régions où la production en plein champ est limitée ou saisonnière, poursuit M. Smith. L’accès à un gaz naturel abordable et fiable permet aux producteurs de maintenir les conditions environnementales constantes nécessaires à une bonne production agricole, notamment un contrôle précis de la température et de l’humidité. » [Traduction]

« Pendant les mois d’hiver, le gaz naturel sert principalement à fournir la chaleur indispensable à une croissance saine des plantes. En été, la chaleur contrôlée produite par les systèmes au gaz naturel contribue à assécher les cultures le matin, réduisant ainsi l’humidité excessive qui favoriserait autrement les maladies et nuirait à la préservation et à la productivité des cultures. » [Traduction]
Selon M. Smith, sans notre accès au gaz naturel, la production hivernale en serre serait au mieux, non concurrentielle, et les produits frais pendant les mois les plus froids devraient être importés des régions de culture du sud. Par conséquent, les coûts énergétiques de la production serricole augmenteraient considérablement en l’absence de gaz naturel, ce qui compromettrait la compétitivité des légumes cultivés en serre au Canada tant sur le marché intérieur que sur celui de l’Amérique du Nord. L’accès continu à un gaz naturel abordable demeure donc essentiel pour préserver la sécurité alimentaire, soutenir la production locale, protéger les investissements et permettre au secteur de progresser vers des trajectoires réalistes de réduction de son empreinte carbone, à mesure que des solutions énergétiques de rechange viables arrivent à maturité.

M. Smith est entré en fonction chez Ontario Greenhouse Vegetable Growers en décembre 2025 à titre de responsable du développement des infrastructures durables, et s’est alors vu confier la gestion de dossiers clés visant à soutenir les objectifs de durabilité, la croissance et les besoins énergétiques à long terme du secteur. Il est titulaire d’une maîtrise en politiques publiques internationales de la Balsillie School of International Affairs de l’Université Wilfrid Laurier, où il s’est spécialisé dans les relations économiques et a participé aux groupes de recherche sur l’économie politique mondiale ainsi que sur les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STIM) favorisant la résilience.
Au cours de son stage de troisième cycle, M. Smith a co-rédigé une note d’orientation portant sur l’avenir des minéraux critiques au Canada, qui a été soumise au ministère des Affaires mondiales. Auparavant, il a occupé le poste d’adjoint aux programmes et aux politiques au ministère des Transports de l’Ontario, où il a contribué au déploiement du programme de renouvellement automatisé des plaques d’immatriculation et à l’élaboration de politiques et de procédures en matière de lutte contre la fraude. Il a également dirigé une équipe de recherche au sein de l’institut de recherche, de données et de formation du Nouveau-Brunswick, chargée d’examiner la mise en œuvre de la Stratégie nationale sur le logement dans cette province.
Comment se dessine l’avenir?
M. Smith estime que le secteur serricole ontarien devrait poursuivre sa croissance à un rythme d’environ 5 % annuellement, une tendance qui, selon lui, entraînera une augmentation constante de la demande en énergie dans l’ensemble de ce secteur. La production en serre est très efficace et permet aux serriculteurs ontariens de récolter jusqu’à 20 fois plus de légumes par mètre carré qu’en culture de plein champ. Par conséquent, l’évolution du paysage énergétique jouera un rôle central dans la manière dont le secteur se développera et maintiendra une production tout au long de l’année.

Ces dernières années, de nombreux serriculteurs ont adopté des systèmes d’éclairage d’appoint afin d’assurer des cycles de production réguliers tout au long de l’année. M. Smith estime que la poursuite de cette tendance dépendra des prix de l’électricité et du gaz naturel, ainsi que de la disponibilité et de la capacité des infrastructures nécessaires. Il note que les systèmes de cogénération de chaleur et d’électricité suscitent un intérêt croissant, car les contraintes d’approvisionnement en électricité limitent la croissance du secteur dans certaines régions. Ces systèmes permettent aux serriculteurs de produire de l’électricité sur place tout en récupérant la chaleur résiduelle pour chauffer leurs serres, ce qui améliore l’efficacité énergétique globale. Ce processus est communément appelé cogénération, car la chaleur et l’électricité sont produites à partir d’une seule source d’énergie.
M. Smith indique que l’Ontario accorde actuellement la priorité aux investissements dans l’expansion du réseau de transport d’électricité pour les deux prochaines décennies, et qu’un développement similaire des infrastructures sera également nécessaire pour la distribution de gaz naturel afin de soutenir la croissance du secteur serricole. Il estime que des projets tels que le projet d’expansion régionale Panhandle constituent des étapes indispensables pour répondre à la demande énergétique croissante dans les principales régions de production en serre.
Afin de soutenir la croissance continue du secteur et la fiabilité de l’approvisionnement énergétique, Robert Petro, coordinateur de l’énergie, des infrastructures et de l’environnement de l’Ontario Greenhouse Vegetable Growers (OGVG), a témoigné au nom du secteur serricole devant la Commission de l’énergie de l’Ontario en faveur du projet d’expansion du réseau Panhandle 2024. Ce projet d’infrastructure essentiel soutient la croissance et la viabilité à long terme de la production en serre dans le sud de l’Ontario jusqu’en 2030.
Selon M. Smith, l’efficacité énergétique demeurera un élément essentiel de la croissance durable du secteur. Au cours de la dernière décennie, les serriculteurs ont participé à des programmes favorisant la transition des systèmes d’éclairage au sodium à haute pression (SHP) vers la technologie plus efficace des diodes électroluminescentes (DEL). De plus, le secteur recourt beaucoup aux écrans thermiques pour améliorer l’efficacité du chauffage et réduire la consommation de gaz naturel. Le maintien de l’accès à ces programmes d’efficacité énergétique sera essentiel pour permettre au secteur serricole d’accroître sa production tout en gérant de manière responsable la demande énergétique globale.
De plus, les infrastructures de gaz naturel, d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées joueront un rôle déterminant dans la croissance future du secteur, note M. Smith. De nombreux serriculteurs doivent déjà composer avec des contraintes liées à la disponibilité de l’eau et à la capacité de traitement des eaux usées. Les investissements dans les infrastructures d’approvisionnement en eau, de traitement des eaux usées, d’électricité et de gaz naturel ne concernent pas seulement les exploitations serricoles, mais aussi les municipalités où elles sont établies. L’expansion des infrastructures qui soutient les exploitations de serres favorise également un développement économique plus large, notamment dans les secteurs manufacturier et commercial, ainsi que la construction de logements, ce qui renforce l’importance d’une planification coordonnée des infrastructures à l’échelle régionale.
M. Smith ajoute que le gaz naturel reste un intrant essentiel dans la production en serre de concombres, de poivrons et de tomates, qui constituent actuellement les cultures les plus répandues. Le maintien d’une température et d’un taux d’humidité constants à l’intérieur tout au long de l’année nécessite une source de chauffage stable et fiable, et le gaz naturel est actuellement la seule source d’énergie en mesure de répondre à ces besoins à l’échelle requise pour l’exploitation serricole commerciale.
« Le maintien d’une température et d’un taux d’humidité constants à l’intérieur tout au long de l’année nécessite une source de chauffage stable et fiable, et le gaz naturel est actuellement la seule source d’énergie en mesure de répondre à ces besoins à l’échelle requise pour l’exploitation serricole commerciale. »
Le gaz naturel permet également le déploiement de technologies énergétiques de pointe telles que les systèmes de cogénération de chaleur et d’électricité (CCÉ) mentionnés précédemment, explique M. Smith. Ces systèmes permettent aux serriculteurs de générer de l’électricité sur place tout en récupérant et en réutilisant la chaleur résiduelle pour le chauffage et le contrôle climatique des serres, ce qui améliore considérablement l’efficacité énergétique globale. Dans certains cas, l’électricité produite par la CCÉ peut être réinjectée dans le réseau, ce qui renforce celui-ci et contribue à répondre aux besoins énergétiques provinciaux.
À plus long terme, M. Smith considère que le gaz naturel constituera la pierre angulaire sur laquelle s’appuieront des solutions à faible empreinte carbone, telles que l’intégration du biogaz et le mélange d’hydrogène, afin d’améliorer les performances environnementales. Il entrevoit également la poursuite des avancées technologiques favorisant le développement de solutions de captage du carbone, ce qui permettra de récupérer le dioxyde de carbone issu des processus de combustion ou directement de l’air, puis de le réinjecter dans les cultures à des fins de photosynthèse, contribuant ainsi à boucler davantage le cycle de production.
D’ici là, le maintien d’un accès à un gaz naturel abordable et fiable, assorti d’une prévisibilité des coûts et de mécanismes de plafonnement des tarifs pour protéger la production alimentaire essentielle, demeurera cruciale si l’on veut accroître la production serricole tout au long de l’année et garantir aux Canadiens un accès continu à des concombres, à des poivrons et à des tomates cultivés au pays.