Quel rôle, le cas échéant, la politique énergétique jouera-t-elle dans l’issue des prochaines élections provinciales cette année au Québec, et dans quelle mesure cette politique pourrait-elle influer sur les résultats des prochaines élections fédérales, advenant le déclenchement d’un scrutin au cours des douze prochains mois?

Scott Reid
Par Scott Reid

La politique énergétique n’est plus seulement une question d’énergie. Plus maintenant. Pas après une année d’attaques menées par Donald Trump contre le système commercial mondial et sa guerre plus récente contre l’Iran. La force destructrice de la politique étrangère de cet homme a fait passer l’énergie d’un sujet récurrent à un thème central et dominant de toutes les discussions : dans toutes les capitales du monde comme autour de toutes les tables de cuisine.

Le détroit d’Ormuz sera-t-il un jour rouvert? Ou redeviendra-t-il un jour navigable? Combien de temps les prix de l’essence et des produits alimentaires resteront-ils élevés? Dans quelle mesure les effets inflationnistes sont-ils structurels? Les pays occidentaux vont-ils bientôt connaître l’horreur de la stagflation – avec une croissance au point mort, une flambée des prix et la hausse des taux d’intérêt?

L’énergie – son coût, son approvisionnement et sa sécurité – est en train de remodeler l’économie mondiale. En conséquence, elle remodèle également notre vie politique. Aucun secteur de compétence, grand ou petit, n’échappera à ses effets.

« L’énergie – son coût, son approvisionnement et sa sécurité – est en train de remodeler l’économie mondiale. »

Pour le Canada, cela signifie plusieurs choses. Tout d’abord, les inquiétudes liées à l’énergie, au coût de la vie et aux stratégies commerciales de Trump ont fait naître chez les électeurs un état d’esprit digne des temps de guerre. Ce mélange singulier d’inquiétudes économiques et de solidarité nationale explique en grande partie l’incompréhensible évolution de notre vie politique ces derniers temps. La progression de Carney dans les sondages s’explique par le sentiment qu’il est le mieux placé pour diriger le Canada face à une administration américaine hostile. Cette dynamique de ralliement explique également comment il a réussi à attirer des transfuges tant du Nouveau Parti démocratique (NPD) que des conservateurs – et à remporter haut la main les élections partielles afin de constituer une majorité à la Chambre des communes.

Deuxièmement, nos priorités sont en train d’être redéfinies, l’énergie occupant désormais une place centrale. Du jour au lendemain, le soutien en faveur des pipelines et des installations de GNL est en pleine expansion. Les pays asiatiques, secoués par l’instabilité provoquée par Donald Trump dans le Golfe, ne feront que multiplier par deux ou par trois leurs demandes auprès du Canada pour subvenir à leurs besoins en gaz naturel et en autres sources d’énergie. Les Canadiens y voient une bouée de sauvetage et apportent leur soutien, comme en témoignent les taux de popularité élevés dont bénéficient les priorités du gouvernement.

Même au Québec, une province qui a traditionnellement rejeté tout projet de pipeline, on assiste à un changement d’attitude. Là aussi, le double effet des attaques du président américain et de l’insécurité énergétique mondiale se fait sentir. À première vue, les élections de cet automne seront portées par le thème récurrent du « besoin de changement », les électeurs s’apprêtant à mettre fin au long mandat de la CAQ, même avec l’arrivée d’une nouvelle première ministre. Cependant, en y regardant de plus près, on constate que les mêmes effets généraux sont à l’œuvre. La menace extérieure que représente Donald Trump refroidit l’enthousiasme des électeurs pour la promesse du Parti Québécois (PQ) d’organiser un référendum sur la séparation. De plus, les projets énergétiques, comme la relance de l’initiative Énergie Est, sont soudainement considérés comme viables, voire souhaitables. La conclusion est sans équivoque : même replié sur sa propre culture, sa langue et son histoire politique, le Québec verra ses élections ballottées par ces mêmes forces mondiales.

À bien des égards, les leçons tirées de l’année écoulée tournent presque exclusivement autour de la politique énergétique. Malgré les guerres, les enjeux géopolitiques, le prix de l’essence et les résultats des sondages, la question de l’accès à des sources d’énergie abordables et sûres relègue tous ces autres sujets au second plan. Lorsque la conjoncture est favorable et que l’énergie est abondante, les économies se développent et les débats politiques s’élargissent. Toutefois, lorsque le monde s’assombrit et que l’accès à l’énergie est menacé, c’est tout le contraire. L’énergie n’est pas seulement un enjeu important en ce moment. C’est LA question de l’heure.

Scott Reid a été directeur des communications de l’ancien premier ministre Paul Martin, et est le cofondateur de Feschuk.Reid.


Quel rôle, le cas échéant, la politique énergétique jouera-t-elle dans l’issue des prochaines élections provinciales cette année au Québec, et dans quelle mesure cette politique pourrait-elle influer sur les résultats des prochaines élections fédérales, advenant le déclenchement d’un scrutin au cours des douze prochains mois?

Par Robin Guy

Alors que les tensions géopolitiques continuent de menacer les chaînes d’approvisionnement et de faire flamber les prix de l’énergie, nos alliés en Europe et en Asie recherchent désespérément des partenaires énergétiques stables et démocratiques. Le Canada dispose précisément de ce que le monde recherche : des réserves énergétiques abondantes. Pourtant, nos ressources restent prisonnières d’un enchevêtrement règlementaire et idéologique dont nous sommes nous-mêmes responsables.

Au niveau fédéral, nous avons récemment constaté certains signes positifs de la part du gouvernement, tels que le protocole d’entente (PE) conclu entre Ottawa et le gouvernement de l’Alberta. Cependant, un changement de ton n’équivaut pas à un changement de politique. Le dispositif anti-production mis en place au cours de la dernière décennie reste en grande partie intact. La suspension de certaines de ces politiques peut constituer un pas dans la bonne direction, mais la suspension seule ne suffira pas à rétablir la confiance de l’industrie ni à rassurer nos alliés à l’étranger. Seule la suppression pure et simple de ces politiques offrira la certitude nécessaire pour démontrer que le gouvernement Carney est réellement déterminé à accroître la production pétrolière et gazière du Canada.

Un an après le début du mandat du premier ministre Carney, l’héritage d’une décennie de politiques anti-énergétiques continue de peser lourdement. Les voix de l’ère Trudeau, hostile à l’énergie – notamment celles qui se sont battues pour des mesures telles que le projet de loi C-69, la « loi anti-pipeline », l’interdiction des pétroliers, la politique relative aux subventions inefficaces pour les combustibles fossiles, le régime de tarification du carbone pour l’industrie et le plafond punitif des émissions – continuent de siéger à la table des décisions. Les actes sont plus éloquents que les paroles. Or, dans ce cas précis, trop peu de mesures ont été prises pour permettre la croissance de la production et des exportations dont le secteur de l’énergie a besoin.

Cette incertitude a un coût économique réel : les investissements dans de nouveaux actifs pétroliers et gaziers ont chuté d’environ 23 %; au cours de la dernière décennie, les sorties nettes d’investissements du Canada ont dépassé 1 000 milliards de dollars – ce qui représente l’exode de capitaux le plus important de l’histoire moderne du pays. L’argent afflue vers la certitude, et le Canada n’offre rien de tel. Parallèlement, les États-Unis surpassent le Canada en matière de politique budgétaire. Washington a rétabli l’amortissement accéléré de 100 % pour les biens pétroliers et gaziers admissibles, tandis que le Canada n’offre toujours pas de déduction immédiate comparable pour les investissements énergétiques majeurs. Si Ottawa souhaite réellement attirer des capitaux et accroître la production, il doit lever ces obstacles politiques et proposer un cadre fiscal et d’investissement en mesure de rivaliser avec celui d’autres pays.

Le Québec est désormais confronté à sa propre réalité énergétique. La province ne dispose plus de l’excédent énergétique dont elle bénéficiait autrefois. Après des décennies d’abondance énergétique, Hydro-Québec a annoncé plus tôt cette année qu’elle serait à court d’électricité non allouée d’ici la fin de l’année prochaine. Le Québec compte actuellement un arriéré de projets industriels nécessitant plus de 20 000 mégawatts d’électricité, soit davantage que la capacité totale du projet de la Baie-James. Alors que la province cherche à plafonner les hausses tarifaires à 3 %, elle ne peut pas compter uniquement sur l’éolien et le solaire pour répondre à ses besoins énergétiques. On estime que le schiste québécois contient jusqu’à 20 000 billions de pieds cubes de gaz naturel récupérable. Cela suffirait à alimenter la province en énergie pendant des décennies et pourrait permettre au Québec de devenir un exportateur net vers les marchés européens, créant ainsi des emplois bien rémunérés et renforçant sa sécurité économique et énergétique.

Au cours de la décennie pendant laquelle le Canada et le Québec ont débattu de la création d’un terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) unique sur la côte Est, les États-Unis sont devenus le premier exportateur mondial de GNL, avec sept terminaux en service et cinq autres en construction. Selon les projections actuelles, la croissance du secteur du GNL au Canada ne proviendra que des projets déjà en cours, aucun nouveau terminal n’étant prévu. Pour atteindre l’Europe aujourd’hui, le gaz canadien doit transiter par des installations américaines, ce qui crée des emplois et des investissements à l’étranger plutôt qu’au Québec et dans les provinces de l’Atlantique.

Les Canadiens attendent de nos gouvernements qu’ils obtiennent des résultats concrets qui favorisent la croissance économique et la création d’emplois bien rémunérés. Si ce nouveau ton constitue un changement bienvenu, un an après le début du mandat du gouvernement Carney, aucun nouveau pipeline n’a été approuvé, et les travaux d’infrastructure nécessaires pour acheminer l’énergie canadienne vers les marchés n’ont pas avancé.

Cette inaction se reflète désormais dans le moral du secteur. Selon l’enquête Cormark d’ATB Capital Markets, moins de la moitié des personnes interrogées ont estimé qu’il était probable ou très probable qu’un projet de pipeline soit ajouté à la liste des projets d’intérêt national. Le secteur attend toujours la preuve qu’Ottawa est prêt à passer des paroles aux actes. Les progrès récents réalisés entre le gouvernement du Canada et l’Alberta dans le cadre de leur protocole d’accord sont encourageants, mais il ne s’agit là que d’un premier pas.

Le temps des « cadres » et des « ententes » est révolu. Le monde attend que le Canada tienne ses promesses. Si nous ne parvenons pas à construire les pipelines, les capacités de transport de gaz naturel et les infrastructures nécessaires pour acheminer nos ressources vers les marchés, le Canada continuera de perdre des investissements. Tant que les prix de l’énergie resteront élevés, les électeurs soutiendront les politiques favorables à l’énergie qui permettent de réduire les coûts et de renforcer la sécurité énergétique tant au niveau national qu’international. C’est ainsi que nous stimulerons la croissance économique et assurerons la prospérité de tous les Canadiens. Ayant désormais obtenu une majorité au Parlement, le gouvernement Carney n’a aucune excuse pour ne pas aller de l’avant rapidement. La question est maintenant de savoir s’il le fera.

« Tant que les prix de l’énergie resteront élevés, les électeurs soutiendront les politiques favorables à l’énergie qui permettent de réduire les coûts et de renforcer la sécurité énergétique tant au niveau national qu’international. »

Robin Guy est vice-président chez Crestview Strategy à Ottawa. Il possède près de 20 ans d’expérience dans le domaine des affaires publiques, dont plus de dix ans en tant que membre du personnel politique de plusieurs ministres du gouvernement Harper.


Quel rôle, le cas échéant, la politique énergétique jouera-t-elle dans l’issue des prochaines élections provinciales cette année au Québec, et dans quelle mesure cette politique pourrait-elle influer sur les résultats des prochaines élections fédérales, advenant le déclenchement d’un scrutin au cours des douze prochains mois?

Par Kathleen Monk

En 2026, la carte énergétique mondiale a été rapidement redessinée. La guerre commerciale menée par le président Trump a bouleversé les chaînes d’approvisionnement mondiales, et la frappe militaire américaine contre l’Iran a perturbé l’artère énergétique la plus cruciale au monde. Le prix de l’essence est en hausse, et les premiers ministres des provinces canadiennes ainsi que le gouvernement fédéral reçoivent des appels d’alliés européens et asiatiques qui souhaitent traiter avec des partenaires énergétiques stables et démocratiques. Les débats sur les pipelines, longtemps en veilleuse, reviennent au premier plan. L’énergie est passée d’un simple dossier de politique publique à la question politique déterminante du moment, notamment dans le cadre des élections à venir dans « la Belle Province » cet automne.

L’histoire politique du Québec est indissociable de ses choix énergétiques, à commencer par la célèbre campagne « Maîtres chez nous » menée en 1962 par le libéral Jean Lesage, qui a conduit à la nationalisation de l’électricité et à la création d’Hydro-Québec. Cela reste vrai aujourd’hui. Lors des prochaines élections au Québec, la politique énergétique jouera un rôle important, mais surtout en tant que reflet de la crise du coût de la vie et de la souveraineté économique. Depuis l’arrivée au pouvoir de la Coalition Avenir Québec (CAQ), Hydro-Québec est passée d’un surplus de 40 térawattheure (TWh) à une pénurie structurelle. Un plan d’investissement de 200 milliards de dollars vise maintenant à répondre aux besoins estimés du Québec, qui s’élèvent à plus de 100 TWh. Le pari sur l’industrie des batteries s’est retourné contre le gouvernement, et le report de la transition énergétique du Québec à l’ère post-Trump a préparé le terrain pour la suite des choses.

Le coût de la vie est désormais au cœur du débat politique au Québec, alors que les ménages sont confrontés à une hausse des prix, faisant de l’approvisionnement énergétique et des tarifs des enjeux prioritaires. Lors de la course à la direction pour succéder à François Legault, la question de l’allègement du prix à la pompe a fait l’objet de nombreuses discussions, et la première ministre Christine Fréchette s’est engagée à réinjecter directement aux automobilistes québécois les recettes provinciales supplémentaires provenant de la taxe de vente du Québec (TVQ) et des redevances, grâce à des mesures ciblées destinées à soutenir la classe moyenne, qui a été touchée par des prix dépassant les 2,00 $ le litre d’essence.

« Le coût de la vie est désormais au cœur du débat politique au Québec, alors que les ménages sont confrontés à une hausse des prix… »

Alors que la CAQ est en difficulté dans les sondages, les électeurs se tournent vers la rivalité plus traditionnelle entre le Parti Québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ). Le PQ lie étroitement l’énergie à son projet de souveraineté et s’oppose fermement à ce qu’il qualifie de « privatisation silencieuse » de l’électricité, encouragée par la CAQ dans le cadre de sa réforme énergétique. Le PLQ partage ce point de vue. Ce qui reste incertain, c’est la manière dont chacun de ces partis répondra à la demande croissante tout en maintenant l’électricité à un prix abordable. Le PQ fait preuve d’une certaine souplesse concernant de futurs pipelines, et les libéraux tentent de se repositionner comme une solution de rechange axée sur « l’économie verte ». Parallèlement, les conservateurs, en pleine ascension, s’engagent à abolir le marché du plafonnement et de l’échange des droits d’émission de carbone, une promesse favorablement accueillie par plus de la moitié des électeurs québécois.

La question de l’abordabilité a également occupé une place importante dans le discours politique précédant la dernière campagne fédérale. L’abolition de la taxe sur le carbone par Mark Carney a effectivement neutralisé ce qui constituait auparavant l’argument d’attaque le plus puissant des conservateurs. Mais le coût de l’énergie n’a cessé d’augmenter parallèlement avec le coût de la vie, ce qui reste le talon d’Achille des libéraux sur le plan économique à l’approche des prochaines élections, quelle que soit la date à laquelle elles auront lieu. Entre-temps, Mark Carney a donné son feu vert à un nouveau pipeline reliant l’Alberta à la Colombie-Britannique. Ce faisant, le premier ministre a exposé son flanc gauche, et le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Avi Lewis, compte bien en tirer parti. Bien qu’elle ne soit pas sans risques politiques, ce positionnement permet au NPD de se démarquer des deux grands partis en s’opposant à l’expansion des énergies fossiles et en mettant l’accent sur l’investissement public, la souveraineté énergétique et l’abordabilité. En ce sens, la politique énergétique ne sera peut-être pas la question déterminante du scrutin lors des prochaines élections fédérales, mais elle façonnera le terrain sur lequel se déroulera cette élection. Comme au Québec, le débat porte moins sur des objectifs climatiques abstraits que sur la question de savoir qui contrôle l’énergie, qui en profite et qui en paie le prix.

Kathleen Monk est propriétaire principale de Monk + Associates, une société indépendante d’affaires publiques. Elle apparaît régulièrement à l’émission Power and Politics du réseau CBC News et siège au conseil d’administration de CIVIX, un organisme de bienfaisance non partisan qui se consacre à la formation de citoyens engagés.