L’honorable Tim Hodgson, ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles

Vous avez décrit l’énergie comme l’un des atouts stratégiques les plus importants du Canada. Dans un contexte mondial plus incertain, comment le Canada peut-il tirer parti de ses ressources énergétiques et minérales pour nouer de nouveaux partenariats à l’échelle mondiale?

L’énergie et les ressources naturelles comptent parmi les atouts majeurs du Canada dans le contexte mondial instable dans lequel nous évoluons. À l’heure où les pays s’efforcent de renforcer leurs chaînes d’approvisionnement, leur sécurité énergétique et leur souveraineté économique, le Canada offre une stabilité, des normes environnementales élevées, une main-d’œuvre de classe mondiale ainsi qu’un système fondé sur l’État de droit qui inspire confiance.

Cette combinaison fait de nous un partenaire attrayant pour les alliés qui cherchent à se diversifier et à s’affranchir de fournisseurs d’énergie peu fiables et coercitifs. Qu’il s’agisse de gaz naturel, d’uranium, de minéraux essentiels ou d’électricité propre, le Canada peut contribuer à répondre à la demande mondiale tout en renforçant des partenariats à long terme fondés sur la confiance et l’intérêt mutuel.

Nous en voyons déjà les effets se concrétiser sous la forme de nouveaux accords commerciaux et partenariats énergétiques. Par exemple, les 56 nouveaux accords et partenariats signés dans le cadre de l’Alliance pour la production de minéraux critiques montrent au monde entier que le Canada joue un rôle de premier plan dans la mise sur le marché de nouveaux projets, la lutte contre la manipulation des marchés par des acteurs non commerciaux et le renforcement des chaînes d’approvisionnement mondiales. Notre objectif n’est pas simplement d’exporter, mais de le faire dans le cadre de relations stratégiques avec des alliés démocratiques qui soutiennent la prospérité partagée, la résilience et la sécurité pour les décennies à venir.

Des initiatives telles que le projet d’agrandissement Sunrise sont présentées comme des investissements à la fois économiques et contribuant à bâtir notre nation. Quel rôle jouent les infrastructures de gaz naturel dans le renforcement de la sécurité énergétique du Canada et dans le maintien de prix énergétiques abordables pour les Canadiens?

« Les infrastructures de gaz naturel jouent un rôle essentiel dans le système énergétique canadien. Elles permettent de chauffer les foyers, d’assurer le fonctionnement des entreprises et de garantir la fiabilité des réseaux électriques, en particulier lors des périodes de pointe de la demande et en cas de conditions météorologiques extrêmes. »

Le Projet d’agrandissement Sunrise illustre parfaitement le genre d’initiative qui renforce notre sécurité énergétique tout en garantissant des tarifs énergétiques abordables pour les Canadiens. Ce projet renforcera la sécurité énergétique en acheminant du gaz fiable, produit au Canada, là où il est le plus nécessaire, ce qui permettra de réduire les goulots d’étranglement et la dépendance aux approvisionnements extérieurs. Cela nous permettra de chauffer davantage de foyers, d’entreprises, d’hôpitaux et d’écoles en Colombie-Britannique, tout en fournissant du gaz pour la production d’électricité et les processus industriels et manufacturiers. Ces travaux d’agrandissement feront en sorte que la Colombie-Britannique dispose d’un approvisionnement suffisant en gaz lorsque des installations d’exportation de GNL telles que Woodfibre LNG – qui sera la première installation de GNL carboneutre au monde – entreront en service.

Le Projet d’agrandissement Sunrise représente également un investissement économique crucial. Il contribuera à hauteur de plus de trois milliards de dollars au PIB canadien et générera plus de 700 millions de dollars de recettes fiscales qui serviront à financer de nouvelles routes, de nouveaux hôpitaux et de nouvelles écoles en Colombie-Britannique. Au plus fort des travaux, il permettra de créer 2 500 emplois, notamment au sein des communautés autochtones locales, avec lesquelles Enbridge collabore depuis le début de ce projet.

Les infrastructures de gaz naturel telles que Sunrise contribuent à la réalisation de nos objectifs de développement national. Elles favorisent le développement industriel, soutiennent l’emploi au pays et sous-tendent les exportations qui renforcent la position économique du Canada. Il s’agit d’actifs durables qui répondent à la fois aux besoins d’aujourd’hui et aux ambitions de demain, alors que le Canada met en place un système énergétique plus concurrentiel, plus sûr et mieux intégré.

Alors que le Canada cherche à attirer des investissements dans les centres de données et les secteurs liés à l’intelligence artificielle (IA), comment le gouvernement s’y prend-il pour mettre en place les infrastructures énergétiques nécessaires, et quel rôle le gaz naturel joue-t-il dans l’avenir de l’IA au Canada?

Les ambitions du Canada en matière d’IA et de centres de données dépendent avant tout d’un élément : un approvisionnement en électricité fiable, abordable et disponible à grande échelle. La réalité est que la capacité de production d’électricité propre ne peut pas être augmentée du jour au lendemain. Pour répondre à la demande, le Canada devra doubler la capacité de son réseau électrique d’ici 2050. Pendant que se poursuit le déploiement des énergies renouvelables, des réseaux de transport d’électricité et du nucléaire, le gaz naturel jouera un rôle de transition essentiel, en garantissant la fiabilité du système, une alimentation en électricité et la stabilité du réseau.

La récente Stratégie nationale sur l’électricité présentée par le gouvernement fédéral met l’accent sur la manière dont nous pouvons développer les infrastructures électriques plus rapidement et de manière plus prévisible, tout en maintenant l’abordabilité de l’énergie pour les Canadiens.

Cette stratégie souligne le rôle essentiel que jouera le gaz naturel pour soutenir cette transition tout en préservant la compétitivité. Elle permettra au Canada d’attirer des investissements dès aujourd’hui – en particulier dans les secteurs à forte consommation énergétique comme l’IA – tout en continuant à réduire les émissions grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique, au captage du carbone et à l’électrification. Trouver le juste équilibre garantit que le Canada restera une destination attractive pour les industries qui façonnent la prochaine génération de croissance économique, et assure aux Canadiens un approvisionnement continu en électricité.

Le Canada dispose de ressources en gaz naturel de classe mondiale qui répondent à 40 % de nos besoins énergétiques. Nous avons bien compris le rôle que votre gouvernement attribue au gaz naturel canadien sur le marché mondial du GNL. Cependant, pourriez-vous nous aider à comprendre comment le gaz naturel, dans le contexte national, s’inscrit dans les plans énergétiques à long terme de votre gouvernement?

Le Canada est le cinquième producteur mondial de gaz naturel, et nos gisements comptent parmi les plus importants et les plus productifs au monde. Nous disposons de 4 000 milliards de mètres cubes de ressources en gaz naturel commercialisable, qui pourraient durer 300 ans au rythme de production actuel.

Il n’est donc pas surprenant que le gaz naturel soit déjà un pilier du système énergétique canadien, et qu’il le restera pendant un certain temps. Il chauffe les foyers, alimente l’industrie de l’énergie, soutient la production d’électricité et offre une flexibilité au réseau qui permet de maintenir une énergie abordable et fiable.

D’ici le début des années 2030, le Canada est en passe de devenir l’un des principaux exportateurs mondiaux de GNL, grâce à de nouvelles capacités d’exportation et à l’engagement du gouvernement fédéral à mener à bien, rapidement et de manière responsable, des projets clés tels que la phase 2 de LNG Canada et le projet Ksi Lisims LNG, par l’intermédiaire du Bureau des grands projets. Notre objectif consiste à porter la production à 50 millions de tonnes par an (MTPA) dans les années 2030 et à 100 MTPA dans les années 2040, et nous sommes sur la bonne voie.

Au niveau national, le gaz naturel contribue à la croissance économique et à la sécurité énergétique. À l’échelle internationale, le GNL canadien peut remplacer les combustibles à plus fortes émissions à l’étranger tout en renforçant les relations avec nos alliés. À long terme, notre objectif n’est pas d’éliminer les sources d’énergie du jour au lendemain, mais de réduire progressivement l’intensité carbone tout en maintenant notre compétitivité. Cela nécessite d’utiliser le gaz naturel plus efficacement, de tirer parti de technologies telles que le captage du carbone et la réduction des émissions de méthane, et de combiner le gaz naturel avec une capacité croissante en matière d’électricité propre. Le gaz naturel jouera un rôle dans une transition cruciale et menée de manière responsable, qui répondra à la demande tout en réduisant les émissions au fil du temps.

« Au niveau national, le gaz naturel contribue à la croissance économique et à la sécurité énergétique. »

Votre gouvernement a adopté une approche très différente en matière d’énergie. Quelle a été votre plus grande surprise dans le cadre de vos fonctions, alors que vous avez parcouru le pays pour rencontrer les acteurs de l’industrie de l’énergie et les Canadiens en général?

En tant que ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles, on me dit parfois que je suis, en quelque sorte, le ministre de « l’unité nationale ». Au fil de mes déplacements dans notre pays aux régions si diverses, ce qui m’a le plus surpris, c’est à quel point les gens partagent les mêmes aspirations. Partout au Canada, que je m’adresse à des travailleurs, à des dirigeants autochtones, à des représentants de l’industrie ou à des membres de la communauté, j’entends toujours la même chose : les Canadiens veulent que les projets soient réalisés de manière responsable, prévisible et de façon à apporter de réels avantages aux communautés de tout le pays.

Les gens sont bien moins enclins à accepter des retards interminables ou des débats abstraits qu’on ne le suppose. La guerre commerciale que les Américains nous ont déclarée a été un véritable signal d’alarme et nous a rappelé que nous devons nous donner plus que ce que quiconque peut nous enlever. Les Canadiens comprennent plus que jamais que l’énergie et les ressources naturelles sont fondamentales pour notre économie, notre sécurité et notre niveau de vie. Ils s’attendent également à des normes élevées en matière d’environnement et de sécurité.

Notre gouvernement a été élu précisément pour cela : en apportant clarté, certitude et responsabilité, le Canada peut recommencer à construire d’une manière qui gagne la confiance du public et assure une prospérité durable pour les générations à venir.

Vous apportez une connaissance approfondie des marchés financiers et des conditions nécessaires pour rendre les projets finançables. Quels messages souhaitez-vous adresser aux promoteurs canadiens qui s’efforcent d’inscrire leurs projets dans le cadre des priorités de votre gouvernement?

Entre 2006 et 2021, le nombre d’exigences règlementaires au Canada a augmenté de 37 % – une hausse qui, selon les estimations, aurait réduit la croissance du PIB de 1,7 point de pourcentage et celle de l’emploi de 1,3 point de pourcentage dans le secteur des entreprises. Ayant moi-même fait carrière dans le secteur privé, je comprends à quel point ces chiffres sont préjudiciables à l’économie canadienne et à la qualité de vie des Canadiens. Mon message est le suivant : au cours de la dernière année, le gouvernement actuel a fait savoir aux promoteurs que nous sommes ouverts aux affaires, que nous sommes déterminés à mener à bien les projets, et que nous devons nous atteler à la tâche ensemble.

Grâce au mandat de notre gouvernement visant à « bâtir le Canada », les investisseurs auront la possibilité d’affecter des dizaines de milliards de dollars de capitaux privés à des projets hautement rentables et présentant un faible risque géopolitique. La désignation par le Bureau des grands projets permettra d’accélérer la mise en œuvre de ces projets et offrira des leviers de financement, tels que la Banque de l’infrastructure du Canada, le Fonds de réponse stratégique, le Fonds de croissance du Canada et le Programme de garantie de prêts pour les Autochtones, entre autres, afin d’attirer des capitaux privés.

Comme je l’ai mentionné, le premier ministre s’est fixé l’objectif ambitieux de mobiliser 500 milliards de dollars d’investissements privés d’ici 2030, afin de faire du Canada une superpuissance énergétique mondiale et l’économie la plus forte du G7. En tant que ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles, mon rôle est de veiller à ce que les investisseurs puissent engager leurs capitaux ici en toute confiance, et à ce que la réponse à la question « Pouvons-nous mener ce projet à bien? » soit un « oui » clair et retentissant. Si nous y parvenons, le Canada ne se contentera pas de rivaliser au sein de l’économie mondiale : il en prendra la tête.

Dans dix ans, comment espérez-vous que les Canadiens se souviendront de votre contribution à la vision « bâtir un Canada fort » en misant sur l’énergie et les ressources naturelles?

Dans dix ans, j’espère que les Canadiens se souviendront de cette période comme celle où « le Canada s’est remis à construire » : une époque où davantage de mines ont commencé à produire, où nos alliés ont reçu davantage d’énergie, et où les grands projets que nous avons lancés ont été menés à bien dans les délais, conformément au calendrier et dans le respect du budget. Une époque où nous aurons atteint les objectifs ambitieux que nous nous sommes fixés. Cela inclut l’appel à l’action du premier ministre visant à doubler le commerce avec les pays autres que les États-Unis et à mobiliser jusqu’à 500 milliards de dollars d’investissements du secteur privé d’ici 2035. Pour moi, le succès de la prochaine décennie consisterait à atteindre ces objectifs et à démontrer que le Canada est l’un des endroits les plus attrayants au monde pour investir, construire et se développer pendant les décennies à venir.

« […] j’espère que les Canadiens se souviendront de cette période comme celle où “le Canada s’est remis à construire” : une époque où davantage de mines ont commencé à produire, où nos alliés ont reçu davantage d’énergie, et où les grands projets que nous avons lancés ont été menés à bien dans les délais, conformément au calendrier et dans le respect du budget. »

Et c’est précisément ce à quoi nous nous consacrons par l’intermédiaire du Bureau des grands projets et de l’ensemble des outils que nous avons mis en place — des crédits d’impôt à l’investissement à l’harmonisation règlementaire, en passant par le financement public stratégique. Nous créons un nouveau cadre qui définit les conditions permettant aux capitaux de circuler rapidement, aux projets d’être approuvés efficacement et aux ressources d’atteindre les marchés où il y a de la demande. En fin de compte, pour moi, bâtir un Canada fort, c’est créer de la prospérité et de la sécurité de manière durable, pour que les Canadiens puissent en profiter pendant des générations.

*Remarque : La présente version française est une traduction du contenu de cet entretien avec le ministre Hodgson.