Partout au Canada, de nombreuses communautés rurales et autochtones continuent de se heurter à un problème fondamental auquel la plupart des Canadiens ne pensent que rarement : l’accès à une énergie abordable et fiable.
Dans de nombreuses communautés, les ménages continuent de recourir au propane, à l’huile de chauffage, au chauffage électrique par résistance ou au diesel pour se chauffer et s’alimenter en électricité. Ces sources d’énergie sont souvent plus coûteuses, plus exposées aux ruptures d’approvisionnement et plus difficiles à entretenir en période de grand froid. Parallèlement, bon nombre de ces communautés sont situées à proximité d’infrastructures de gaz naturel existantes, mais n’y sont toujours pas raccordées, car la rentabilité d’un tel projet n’est pas assurée en vertu du cadre règlementaire actuel.
Cela représente à la fois un défi et une opportunité.
Le Canada dispose déjà de l’un des plus vastes réseaux d’approvisionnement en gaz naturel au monde, composé d’environ 600 000 kilomètres d’infrastructures de transport et de distribution, ce qui lui permet de répondre à près de 40 % des besoins énergétiques du pays. Plus de 20 millions de Canadiens comptent chaque jour sur le gaz naturel pour chauffer leurs foyers, les écoles, les hôpitaux, les entreprises et les installations industrielles. Dans de nombreux cas, les infrastructures nécessaires pour desservir les communautés autochtones et rurales voisines sont déjà en place.
La question n’est pas de savoir si la technologie existe. Il s’agit plutôt de déterminer si le dernier obstacle peut être surmonté pour rendre les projets viables.
Le défi de l’abordabilité
L’abordabilité de l’énergie demeure un problème majeur dans de nombreuses communautés autochtones et rurales canadiennes. Selon Statistique Canada, 5,6 % des ménages canadiens étaient considérés comme en situation de précarité énergétique en 2021, ce qui signifie qu’ils consacraient le dixième ou plus de leur revenu après impôt aux dépenses énergétiques du ménage. Pour les ménages vivant dans les réserves, ce pourcentage s’élevait à 12,9 %, soit plus du double de la moyenne nationale.
Ces pressions sont aggravées par le fait que de nombreuses communautés dépendent de sources d’énergie plus coûteuses. Dans certaines provinces, le coût de l’électricité par unité d’énergie peut être plusieurs fois supérieur à celui du gaz naturel. En Alberta, par exemple, l’électricité coûte environ 84,99 $ par gigajoule, comparativement à 13,06 $ par gigajoule pour le gaz naturel. On observe des écarts de coûts similaires en Ontario et en Saskatchewan.
Pour les ménages, ces différences ne sont pas abstraites. Elles ont une incidence directe sur les factures mensuelles, la stabilité financière et la qualité de vie. Dans certaines communautés, les frais de chauffage peuvent dépasser 1 000 $ par mois en hiver, en particulier lorsque les ménages utilisent le propane ou le chauffage à résistance électrique.
La question dépasse le cadre des ménages. Une énergie fiable et abordable est également nécessaire au développement économique. Il est difficile d’attirer des entreprises, de soutenir l’industrie manufacturière locale, de développer des installations de production alimentaire ou de prolonger les infrastructures communautaires lorsque les coûts énergétiques sont élevés et imprévisibles.
L’accès à une énergie abordable n’est pas seulement une question qui concerne les ménages. Il s’agit d’une infrastructure essentielle pour le développement des communautés.

Les lacunes dans l’infrastructure
L’un des facteurs les plus déterminants dans ce dossier réside dans le fait que de nombreuses communautés sont déjà situées à proximité des réseaux de gaz naturel.
Partout au Canada, les entreprises de services publics ont recensé des projets dans lesquels des communautés autochtones et rurales sont situées à proximité d’infrastructures existantes, mais ne sont toujours pas desservies, car les projets de prolongement ne satisfont pas aux critères économiques imposés par la règlementation. Ces critères visent à garantir que les prolongements de services publics puissent être rentabilisés par les futurs clients sur une période définie.
La logique qui sous-tend ces règles est compréhensible. Les entreprises de services publics sont des monopoles règlementés, et les organismes de règlementation ont pour mission d’empêcher que les contribuables actuels ne subventionnent des prolongements non rentables.
Or, bien que de nombreux projets en milieu rural et dans les communautés autochtones soient très près de satisfaire à ces exigences, ils échouent malgré tout en raison de leur situation géographique, d’une faible densité de population ou du coût initial lié au prolongement des infrastructures sur de longues distances.
Concrètement, cela signifie que des projets susceptibles de réduire considérablement les dépenses énergétiques des ménages et d’améliorer la fiabilité du réseau ne peuvent souvent pas aboutir, car ils ne parviennent pas à atteindre les seuils stricts de rentabilité.
Il en résulte un écart structurel entre les communautés qui pourraient être raccordées sur le plan technique et celles qui le sont effectivement car elles répondent aux critères de rentabilité qu’impose la règlementation actuelle.
La fiabilité est également importante
L’abordabilité n’est qu’un aspect du débat. La fiabilité et la sécurité énergétique sont tout aussi importantes, en particulier dans les régions nordiques et rurales où les communautés peuvent dépendre de l’approvisionnement en combustibles.
Les systèmes de chauffage fonctionnant au propane et à l’huile comptent sur des réseaux de transport qui peuvent être affectés par les conditions météorologiques, l’état des routes et les perturbations dans l’approvisionnement. Dans les zones isolées, les routes en hiver et l’accès saisonnier peuvent poser des difficultés supplémentaires. Lors des périodes de grand froid, ces risques prennent encore plus d’importance.
Le gaz naturel acheminé par pipeline offre un modèle différent. Une fois les infrastructures mises en place, l’énergie peut être fournie en continu au moyen d’un réseau souterrain moins exposé aux perturbations du transport et aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Pour les communautés, cela peut renforcer la résilience, tout en réduisant la dépendance aux livraisons de combustible par camion.
Cela revêt une importance particulière pour les infrastructures essentielles telles que les écoles, les centres communautaires, les établissements de santé, les réseaux d’assainissement et les abris d’urgence, qui dépendent tous de systèmes énergétiques stables et fiables pour fonctionner en toute sécurité tout au long de l’année.

Il existe déjà des exemples au Canada
Le Canada dispose déjà d’exemples illustrant comment le développement du gaz naturel peut améliorer l’abordabilité et soutenir l’essor économique local.
À Red Lake, en Ontario, un projet de prolongement du réseau de gaz naturel soutenu par des fonds fédéraux a permis de prolonger le service à la communauté. Les clients résidentiels qui ont abandonné des combustibles plus coûteux auraient réduit leurs frais de chauffage de 50 % à 70 %.
En Saskatchewan, le raccordement de la Première Nation Zagime Anishinabek a contribué à soutenir le développement de serres et l’activité économique locale. Un accès fiable à l’énergie a permis la mise en place d’infrastructures qui auraient été difficiles à exploiter de manière rentable avec des combustibles plus coûteux.
En Colombie-Britannique, Pacific Northern Gas et les Premières Nations ont étudié des possibilités qui vont au-delà du simple chauffage domestique. Citons par exemple la Première Nation de Kitselas, où les infrastructures de gaz naturel existantes pourraient alimenter des serres, des installations communautaires et de futures infrastructures de traitement des eaux usées grâce à la production locale de chaleur et d’électricité.
Ces exemples témoignent du fait que l’accès au gaz naturel ne se limite pas à la réduction des factures des ménages. Il peut également contribuer au développement économique à long terme et à la mise en place d’infrastructures communautaires.
Le rôle du gouvernement
Un point essentiel souvent négligé dans les débats sur les infrastructures énergétiques rurales est que de nombreux projets n’échouent pas en raison d’une demande insuffisante ou du refus des entreprises de services publics de les mettre en œuvre.
Dans de nombreux cas, les projets échouent parce qu’ils ne sont que partiellement non rentables.
Les entreprises de services publics et les communautés sont peut-être déjà prêtes à aller de l’avant. Les tracés des infrastructures sont peut-être déjà définis. Les fonds sont peut-être déjà disponibles. Toutefois, la partie restante du coût du projet qui ne peut pas être récupérée au moyen des tarifs règlementés empêche la construction d’avancer.
C’est là qu’intervient le rôle des politiques publiques ciblées.
Le Canada a déjà reconnu l’importance des infrastructures de base grâce à des programmes tels que le Fonds pour la large bande universelle, qui considère l’accès à Internet comme une condition préalable à la participation économique dans les communautés rurales et isolées.
Les infrastructures énergétiques devraient être envisagées sous un angle similaire.
Une énergie fiable et abordable permet aux ménages de réduire leurs coûts, aux entreprises d’être concurrentielles et aux communautés de poursuivre leur croissance économique. Dans de nombreux cas, des contributions publiques relativement modestes pourraient aider à combler le déficit de financement final nécessaire pour rendre les projets viables.
Il est important de noter que cela n’implique pas de remplacer les systèmes règlementaires provinciaux ni de passer outre la surveillance exercée sur les entreprises de services publics. Les cadres règlementaires existants continueraient de déterminer la viabilité des projets et les mesures de protection des consommateurs. Le soutien fédéral pourrait plutôt être conçu pour compléter ces systèmes en contribuant à assumer les parts du coût des projets afin que ceux-ci puissent respecter les critères économiques actuels.
Prochaines étapes
Le Canada accorde une attention croissante à l’accessibilité financière, à la sécurité énergétique, à la croissance économique et au développement des infrastructures. L’accès à l’énergie dans les zones rurales et les communautés autochtones se situe au cœur de ces quatre priorités.
Les infrastructures de gaz naturel jouent déjà un rôle central dans le réseau énergétique canadien, en fournissant chaque jour une énergie fiable et abordable à des millions de Canadiens. Étendre cet accès aux communautés autochtones et rurales voisines représente une occasion concrète d’améliorer l’abordabilité et la fiabilité, tout en soutenant la croissance à long terme de ces communautés.
Les projets déjà recensés un peu partout au pays confirment qu’il ne s’agit pas d’un simple débat théorique. Les communautés, les entreprises de services publics et les axes d’infrastructure existent déjà. Il ne reste plus qu’à trouver les moyens de combler le dernier obstacle qui empêche ces projets d’avancer.
Pour de nombreuses communautés autochtones et rurales, l’accès à une énergie abordable et fiable ne se résume pas à une simple question de chauffage. Il s’agit de participation économique, de résilience et de la capacité à construire l’avenir.